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Bernard Maris : « Mieux vaut être banquier que Grec »

Un article de Bernard Maris, économiste et chroniqueur sur France Inter, à propos du plan de sauvetage d’une Grèce bien moins lotie que les banques …

« Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne tentent aujourd’hui de s’accorder le cas Grec pour remettre à flot les finances du pays. Le PIB de la Grèce recule de 2% en 2010, son déficit public reste proche de 13% du PIB et la dette publique atteint les 115% du PIB.

Qui va sauver la Grèce ? L’Europe, le FMI, ou les deux, ou personne, si l’on suit les Allemands. Cette malheureuse Grèce empruntait avant-hier à 6,5% pour des bons d’Etat à 10 ans. Elle vient de faire un gros effort de réduction de son déficit qui a reculé sur les deux derniers mois, c’est un signe tout de même ! de 70%.

La dette publique remplace la dette privée

Mais qui prête à 6,5% à la Grèce ? Les marchés. Mais concrètement ? Les banques, et les fonds d’investissement qui achètent de la dette grecque. Or ces mêmes banques, elles, ont été sauvés par les contribuables, jamais personne n’a hésité une seconde pour les sauver, et la  Banque centrale européenne leur a prêté des tombereaux de fraîche, d’oseille, de cash à 1% …

Si j’avais mauvais esprit, je dirais qu’il n’est pas étonnant que les 5 grandes banques françaises affichent plus de dix milliards d’euros de bénéfices en 2009, financés par ce crétin de contribuable, mais je préfère dire qu’une dette publique s’est substituée à une dette privée.

Les banques ont transféré le mistigri de la dette. Toutes leurs créances pourries et leurs risques de faillite ont été transformées en dette publique, merci les Etats. Et maintenant, les banques ne font pas plus de crédit qu’auparavant, plutôt moins, le font toujours aussi cher, et surtout prêtent à des fonds qui spéculent contre la Grèce, quand elles ne spéculent pas directement.

La Grèce peut faire faillite.

La Grèce peut faire faillite. On ne pouvait être aussi péremptoire il y a un mois. Mais visiblement, si la réunion d’aujourd’hui débouche sur rien, on se dirigera vers un scénario à l’Argentine. Quand la dette argentine est devenue trop forte entre 1998 et 2001, cette pauvre Argentine a fait un effort de rétablissement des finances, un gros effort, qui a plongé le pays dans la récession, et entraîné la cessation de paiement. La Grèce a-t-elle un problème de liquidité ou de solvabilité ? Liquidité, un peu de cash, et l’économie repart. Solvabilité, rien à faire.

Et on ne peut pas faire à la Grèce les mêmes cadeaux qu’aux banques. Parce que la Grèce n’est rien. Les dix plus grandes banques mondiales pèsent 2000 milliards d’euros et la Grèce 200 milliards. Cacahuètes. Que peuvent les grecs contre une dizaine d’opérateurs de marché qui fixent le taux ?

L’économiste Thomas Piketty, fait remarquer avec sa vista habituelle, que les Grecs étant endettés nets vis-à-vis du reste du monde, comme beaucoup de pays du Sud, une partie de leur production, 5% environ, ce qui est énorme, part à l’étranger pour payer les créanciers. Et ce, au moment où les Grecs ont besoin de toute cette production pour faire redémarrer leur économie.

Monsieur Trichet pourrait sauver la Grèce. Mais Monsieur c’est madame Merkel, et l’euro est le pseudonyme du mark. Et pourquoi sauver la Grèce, on lui doit l’invention de la philosophie, de la géométrie, de la science, et de la démocratie … Est-ce que ça vaut d’aller contre la volonté des banques ?« 

Sources : marianne2.fr

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