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Inégalités de revenus : toujours en hausse

Les dernières données inédites de l’INSEE confirment le « ressentiment » de la population : en valeur absolue, les inégalités augmentent. Plus on est riche, plus on s’enrichit. Même si, en valeur relative, de 1997 à 2007, les 10 % les plus riches restent 6,6 fois plus fortunés que les 10 % les plus pauvres.

Trop lentement sans doute, mais la connaissance des revenus en France progresse. De plus en plus, on découvre pourquoi le « ressentiment » de la population en matière d’inégalités est fondé : les revenus s’éloignent de plus en plus. Selon nos calculs, réalisés à partir de données non publiées par l’Insee, entre 1997 et 2007, le niveau de vie moyen des 10 % les plus pauvres a progressé de 25 % et de 1 600 euros, une fois l’inflation déduite. Le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches a augmenté de 23,8 % et de… 9 760 euros. L’écart relatif entre ces deux catégories n’a pas changé : les seconds touchent toujours 6,6 fois moins. En valeur absolue, l’écart est passé de 34 900 à 43 000 euros.

Que peut-on en conclure ?

1- Si l’on raisonne de façon relative, les gagnants sont les plus démunis et les plus riches. La France moyenne (autour de 20 000 € par an pour une personne seule, après impôts et prestations sociales) voit ses revenus le moins augmenter. L’écart entre les couches populaires et moyennes se resserre, il augmente entre les couches moyennes et les couches aisées.

2- Si l’on raisonne de façon absolue, plus on est riche, plus on s’enrichit. Les 10 % les plus aisés (50 000 euros l’an) ont donc gagné près de l’équivalent de 10 mois de Smic sur l’ensemble d’une année. Les couches moyennes ont perçu environ 3 000 euros supplémentaires. Les plus démunis, 1 600…

3- On ne connaît pas la valeur des fractions les plus élevées des revenus : à ce niveau, les progressions sont considérables en valeur absolue et beaucoup plus élevées en pourcentage. Réponse : « en avril », selon l’Insee.

En moyenne, la France continue donc à s’enrichir. Mais les comparaisons ne se font pas sur des hausses relatives mais bien sur la valeur de ce que touche son voisin. Dans ce domaine, on a clairement une hausse des écarts de niveau de vie.

Des chiffres inédits

Pour la première fois, nous disposons d’éléments sur dix ans, qui portent sur la moyenne des niveaux de vie – revenus après impôts et prestations sociales pour une personne seule – par tranche de 10 %. Auparavant, on ne connaissait que les bornes de ces tranches. Par exemple, la valeur du revenu qui sépare les 90 % aux revenus les plus faibles aux 10 % aux revenus les plus élevés. Une valeur qui ne change pas quand les 3 ou 4 % plus riches s’enrichissent encore davantage. Désormais, on connaît donc, tranche par tranche, la valeur moyenne de ce que touchent les individus concernés.

Evolution des niveaux de vie moyens par décile :

Source : Calculs Alternatives Economiques, d’après les données de l’Insee. Les séries ont été reconstituées pour éviter les ruptures de série qui existent en 2002 et 2005.

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« Le président et les rentiers »

Je voudrais partager avec vous cet article au titre de fable rédigé par Philippe Frémeaux, le directeur de la publication du toujours très éclairé mensuel Alternatives Economiques. Le sentiment qu’en France l’argent va à l’argent, et que le principal objectif des gouvernements UMP qui se succèdent est bien davantage de protéger les acquis des plus aisés des Français que d’œuvrer à l’intérêt général, ne peut sortir que renforcé de cette lecture.

« Au lieu d’augmenter l’impôt pour les revenus les plus aisés, le Président de la République leur propose un nouveau produit d’épargne.

déficit2Nicolas Sarkozy a rappelé devant le Congrès réuni à Versailles sa volonté de revenir à l’équilibre des comptes publics. Un souhait qui semble particulièrement peu crédible : rarement en effet le décalage entre les déclarations et les faits n’a été aussi colossal.

Les déficits publics devraient dépasser 7% du PIB en 2009 et 2010. Autant dire que la promesse présidentielle de retour à l’équilibre sera au mieux pour la fin de son second mandat. Le président a voulu surtout rappeler que la crise ne le détournerait pas de sa volonté d’agir sur les structures pour rendre la dépense publique plus efficace et limiter la dérive des dépenses sociales.

La volonté de rigueur affichée à long terme vient ainsi excuser la dérive du court terme. En affirmant sa volonté de continuer à réduire le nombre de fonctionnaires, de simplifier l’administration territoriale, en rappelant qu’il entend poursuivre la réforme des retraites en allongeant les durées d’activité, Nicolas Sarkozy a voulu affirmer face à ses électeurs, mais aussi face à nos partenaires européens, que la France n’a pas fait une croix sur les réformes engagées depuis 2007.

A écouter attentivement son discours, on entendait également que nous n’étions pas encore sorti de la crise et qu’il fallait bien laisser jouer les stabilisateurs automatiques pour soutenir l’activité. Effectivement, le risque aujourd’hui serait de chercher à réduire les déficits de manière prématurée, alors que la reprise n’est pas du tout au rendez-vous, alors que l’économie française va continuer à détruire des emplois par centaines de milliers au cours des prochains trimestres. Toute réduction des déficits risquerait de nous précipiter dans la déflation, c’est-à-dire dans un mouvement autoentretenu de baisse des prix, des revenus et de l’emploi.

Dans ce contexte, quel jugement porter sur l’annonce d’un grand emprunt d’Etat ? Disons que cela va surtout permettre de maintenir un haut niveau de dépenses publiques sans être accusé d’être indifférent à la montée des déficits. Mais cela ne change rien au résultat : au lieu d’emprunter sur les marchés, on va s’adresser directement aux Français, mais ce seront les mêmes qui, au final, prêteront à l’Etat. Cette mesure est tout à fait cohérente pour un président de droite qui, depuis son élection, a constamment privilégié les titulaires de hauts revenus.

yacht bolloréNicolas Sarkozy était face à un choix très clair : il aurait pu demander un effort de solidarité aux plus aisés, ce qui aurait permis de financer une hausse des dépenses sociales au profit de tous ceux pour qui la crise ne fait que commencer. Il a choisi au contraire de réaffirmer son opposition de principe à toute augmentation des impôts, et lance un grand emprunt dont on sait qu’il sera souscrit par les plus aisés, ceux qui épargnent de toutes façons une large partie de leurs revenus et qui cherchent aujourd’hui des placements sûrs, ayant été échaudés par la chute de la bourse. On va donc emprunter aux plus riches l’argent qu’on se refuse à leur prélever, un emprunt qui devra être remboursé demain par ceux qui payent l’impôt. Nicolas Sarkozy s’inscrit ici dans la lignée des Pinay, des Giscard, en offrant une rente de plus à ceux qui ne manquent déjà de rien. »

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Emploi : une dégradation inquiétante

Désormais, les choses sont claires : nous sommes dans une vraie crise. Et pas seulement, comme beaucoup le disaient sans doute pour minimiser les choses, dans une récession.

Par Denis Clerc, d’Alternatives Economiques.

demandeurs-demploiCar la récession désigne un recul momentané d’activité, tandis que la crise – comme en 1929 – désigne une situation où la conjoncture tend spontanément à s’aggraver, par un phénomène d’interdépendance bien connu : moins de demande, donc moins de débouchés, donc moins de revenus, donc moins d’emplois, donc moins de demande …

Pour ceux qui en doutaient encore, les dernières prévisions de l’Insee pour le premier semestre 2009 tablent sur une baisse du produit intérieur brut (PIB) de 2,9 % à la fin juin. Ce qui signifie que, si la chute d’activité devait se poursuivre au cours du deuxième semestre, même à un rythme moins rapide qu’actuellement, nous pourrions terminer l’année 2009 avec une réduction d’activité de l’ordre de 4 % ! Et ceci alors même que la loi de finances, bouclée le 15 septembre dernier, prévoyait une croissance positive comprise entre 1,5 % et 2 %.

Même s’il est de tradition que le gouvernement tente de peindre la réalité en rose, ce qui aboutit en général à avancer des prévisions un peu surestimées, personne, à l’époque, ne pensait que la situation allait se dégrader aussi vite et aussi fortement : en neuf mois, on est passé d’une croissance de + 1,5 % à – 2,9 %, soit une révision à la baisse de 4,5 points. L’équivalent de 85 milliards d’euros de PIB – et peut-être davantage si le deuxième semestre 2009 ne marque pas un arrêt dans la baisse – manquera donc à l’appel du fait de la crise.

On en voit tout de suite les conséquences : ce sont de l’ordre de 25 milliards d’euros qui ne rentreront pas dans les caisses des organismes sociaux, de l’Etat ou des collectivités territoriales, à peu près autant qui ne seront pas versés en salaires nets. Bref, si ces prévisions devaient devenir réalité, se mettraient alors en place bien des éléments d’une sévère crise aux effets sociaux désastreux. C’est pourquoi il faut agir dès maintenant. Vite et fort. Non pas pour augmenter le pouvoir d’achat, mais pour l’empêcher de se dégrader encore plus fortement.

Malheureusement, le mal est déjà en partie fait sur le plan de l’emploi. Début juillet 2008, on comptabilisait (France métropolitaine seulement) 26,05 millions de personnes en emploi. Six mois plus tard, on en comptabilisait 82 000 de moins, et l’Insee estime que, au cours du premier semestre 2009, ce sont encore 300 000 emplois qui devraient disparaître. Ce qui ferait passer alors le chômage (au sens du BIT, c’est-à-dire des personnes sans emploi, n’ayant pas travaillé au cours de la semaine précédente (1) , recherchant activement un emploi et disponibles dans les quinze jours pour l’occuper) d’un peu plus de 2 millions (début du troisième trimestre 2008) à 2,48 millions, en progression de 430 000 personnes. C’est cette hémorragie qu’il faut faire cesser de toute urgence. Car avec les emplois qui disparaissent, ce sont des personnes qui perdent pied, parmi lesquelles certaines risquent de retrouver très difficilement quelque chose, en raison de leur âge, de leur formation ou de leur expérience professionnelle, notamment industrielle, difficilement utilisable ailleurs.

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(1) Ce qui élimine pas mal de demandeurs d’emploi, puisqu’environ un million d’entre eux ont effectué des activités réduites tout en étant inscrits à Pôle emploi. De même, les dispensés de recherche d’emploi ne sont pas considérés comme chômeurs au sens du BIT puisqu’ils n’effectuent pas de démarches de recherche d’emploi

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